Comment j’ai rencontré Marie Casaÿs ?
J’ai découvert le travail de Marie Casaÿs lors d’un atelier Le Paon en ligne sur les portraits. Son travail aux crayons de couleur se concentre sur la représentation des corps, des identités et des rapports que nous entretenons avec notre image.
J’ai beaucoup aimé son approche lors de l’atelier, c’était la première fois que je me lançais dans un portrait imaginaire. J’ai commencé à suivre le travail de Marie ensuite. Je suis allée à l’une de ses expositions quelques mois plus tard et je me suis offert l’un de ses dessins au crayon de couleur.
Je suis ravie qu’elle ait accepté de répondre à mes questions. Merci beaucoup Marie de m’avoir invitée dans ton atelier et de m’avoir généreusement accordé du temps !
Pourquoi tu crées ?
Je crée parce que c’est une passion que j’ai depuis que je suis vraiment petite. Le dessin m'accompagne depuis toujours.
Adulte, j’étais designer graphique. Je dessinais beaucoup mais avant tout pour moi. Je cherchais mon style, ma technique et mes thématiques. En travaillant de plus en plus autour du corps, j'ai compris que mes œuvres pouvaient aussi avoir un impact sur les autres. J'aime l'idée qu'un dessin puisse émerveiller, rappeler un souvenir, permettre à quelqu'un de se reconnaître ou de se projeter.
Aujourd'hui, je crée autant pour mon propre besoin d'expression que pour contribuer à une représentation plus diverse des corps. J'essaie de montrer des corps que l'on voit peu dans l'art ou dans les médias, afin que cette diversité devienne simplement normale. Je vois ma pratique comme une forme d'éducation. Voir des dessins de deux hommes ensemble ou d'une femme avec des poils aux jambes permet d'habituer le regard et que cela devienne normal. Ma démarche participe à enrichir un peu visuellement plein de types de corps représentés, sans chercher ou forcer à ce qu’ils deviennent un nouveau canon de beauté, mais au moins que l'on ne voit pas toujours les mêmes types de corps partout.
Est-ce qu'être artiste a toujours été une évidence ?
Oui, d'une certaine façon.
Je me vois dessiner depuis la maternelle ! Très tôt j'ai compris que c'était ce qui me rendait heureuse. Lorsque je suis entrée à l'école primaire et que les moments consacrés au dessin sont devenus plus rares, j'ai demandé à ma mère si l'on pouvait devenir peintre comme métier, afin de pouvoir dessiner toute la journée comme avant. Spoiler : oui mais pour ça il faut aussi savoir écrire, lire et compter !
Au lycée, j’ai choisi une formation en arts appliqués en continuant avec un BTS design graphique. J'avais hésité à faire une spécialité en arts plastiques, puis les Beaux-Arts. Mais j'avais le sentiment que je pouvais apprendre davantage de choses avec un parcours en design. Aucun regret sur ce choix, mais aujourd’hui, le fait de ne pas avoir fait les beaux-arts, me pénalise dans le marché de l’art.
Après mes études, je me suis lancée comme graphiste et directrice artistique indépendante. Mais très vite, c'est l'illustration qui a repris le dessus. Le dessin n'a jamais cessé d'être l’activité qui m'animait le plus.
Quel type d'œuvres crées-tu et avec quels matériaux ?
Je réalise des dessins aux crayons de couleur sur papier, principalement autour du corps et du portrait.
Je dessine avec une seule marque de crayons, les Polychromos de Faber-Castell et sur des papiers assez lisses qui me permettent une agréable précision dans mon geste. Je change régulièrement de marque pour le papier, tant qu’il est blanc et que le grain reste assez lisse. Je le choisis entre 180g et 200g/m2.
Je vais ensuite varier le choix des couleurs, des formats, des compositions et des motifs.
Quelles sont tes sources d'inspiration ?
Les photographies occupent une place importante dans mon travail. Je m’inspire souvent du travail de photographes, de modèles ou de médias, que je collecte puis que je réinterprète.
Mes inspirations sont très larges. Les voyages que j'ai faits étant enfant ont nourri mon regard sur les couleurs, les motifs et les cultures. Je suis également très influencée par l'histoire de l'art, les arts décoratifs, la photographie de mode, le cinéma et les artistes contemporains.
Avant je voulais vraiment que mes dessins se concentrent uniquement sur le corps. Maintenant, j'ai besoin et envie d’un peu plus de défi, d’histoire et d’ambiance dans mes dessins, en intégrant par exemple des scènes autour des corps ou des motifs, géométriques, abstraits. Certains motifs sont très développés et travaillés. Ils ont aussi leurs propres histoires, leurs propres origines. J'essaye d’en apprendre davantage sur eux, d'où ils viennent, comment ils ont été ou sont créés, pour ne pas juste piocher ce qui me semble beau et tomber dans de l'appropriation culturelle. Je respecte souvent les couleurs originales de ces motifs ce qui implique parfois de travailler avec 4, 5, 6 couleurs pour un motif. Il faut ensuite que je choisisse avec quelle couleur je vais dessiner le corps. Il est intéressant de voir comment je vais réussir à créer une harmonie : faire en sorte que le fond, le contexte, le motif ne mange pas le corps. Et inversement.
Peux-tu nous parler de ton processus de création ?
Tout commence généralement par une image qui retient mon attention. Je la mets de côté, parfois pendant plusieurs mois, avant de décider de l'utiliser. Je la recadre et j’isole souvent le corps afin de pouvoir construire ma propre composition. Ensuite, je choisis le format, les couleurs et éventuellement les motifs qui accompagneront le corps.
Il y a certains modèles, photographes et médias avec qui j'ai pu échanger sur la création du dessin. Dans ces cas-là, j’en profite pour leur demander s’il y a par exemple, une couleur ou un motif qu’ils aiment particulièrement et ainsi créer une œuvre plus imprégnée de la personnalité du modèle et/ou du photographe.
Une fois le dessin terminé, je le scanne (à mon bureau ou chez un imprimeur pour les grands formats) en haute définition. Je vais ensuite le « préparer » avec Photoshop pour que je puisse le diffuser et l'imprimer avec une belle qualité. Mon objectif est que mes reproductions, ainsi que mes publications numériques (sur Instagram, sur mon site...) soient le plus fidèles possible aux dessins originaux.
Où vis-tu ? Où travailles-tu ?
Je vis et travaille à Paris depuis 2015.
Après plusieurs années à exercer mon activité dans des espaces de coworking, ateliers de designers, ou encore chez moi, j'ai trouvé en 2022 un bureau partagé avec notamment beaucoup d’architectes ! J’y développe depuis mon activité, dans un bel équilibre de vie et de travail.
Peux-tu nous parler de ton parcours ?
Je viens de Rouen, j’y ai fait mes études jusqu'au BTS graphique. Ensuite, je suis partie à La Souterraine (dans la Creuse) où j'ai fait mon Master en Design responsable et éco-conception. J'ai vécu et travaillé six mois à Copenhague puis j’ai emménagé à Paris. J’avais un statut juridique professionnel depuis mon Master donc je faisais déjà pas mal de missions avec des entreprises et associations françaises.
Arrivée à Paris (en 2015 donc), je suis tombée sur un espace de coworking dans le 11e. L’incubateur accueillait beaucoup de jeunes start-ups de plein de domaines différents. Je me suis fait beaucoup de contacts professionnels et amicaux là-bas, ce qui m’a permis de m’implanter professionnellement sur Paris. Quelques mois plus tard, j’ai trouvé un autre espace de coworking mais cette fois-ci plutôt pour les designers : les Ateliers DRAFT, dans le 18ème. Je me suis dit que ça pouvait être intéressant de lier ma pratique du design graphique, mais aussi du dessin, avec de l'objet, de la conception de produits et finalement la gestion d’une microentreprise et de l’entrepreneuriat ! J’y suis restée 3 ans.
C'est pendant ces années-là que j’ai compris que ce qui me plaît le plus, c'est de travailler uniquement avec mon style graphique : le dessin aux crayons. Au début je travaillais plutôt en noir et blanc, c’est en 2018 que j’ai commencé la couleur. Je dessinais des portraits, des scènes de vie et même des animaux. J’ai développé le nu lorsque je me suis mise à travailler chez moi, entre 2018 et 2022. J'ai aussi beaucoup travaillé dans l'événementiel avec des clubs, des labels de musique, j'adorais ça ! Je faisais beaucoup de portraits pour la promotion d'évènements, de soirées et autres. Mais très vite, je me suis rendue compte qu'il n'y avait pas de budget destiné à ce genre de collaboration. C’était donc à la fin plus pour le plaisir et ça m'a permis de faire de chouettes rencontres.
Avec ma spécialisation sur le nu, des médias ont commencé à s'intéresser à mon travail pour illustrer des articles, des nouvelles érotiques, des romans... J’ai ensuite commencé à faire des expositions solo et collectives.
La pandémie m'a dégoûtée de travailler chez moi. Je voulais trouver une stabilité entre ma vie pro et perso. En 2022, un ami m’a parlé du bureau partagé où je travaille aujourd’hui. J’ai des «collègues», j'ai mon rythme, il y a une belle ambiance et j'ai mon indépendance. La seule chose à laquelle je dois faire attention, c'est de préserver l’intimité de mes projets et commandes de dessins de nus.
Aujourd’hui je commence à manquer un peu d’espace et ma vie personnelle est aussi en train de changer. Il est donc possible que le rythme et le lieu de mon activité se transforment. Mais où, quand, comment, cela reste à trouver !
À quoi ressemblent tes journées ?
Mes journées suivent rarement un cadre très strict ou régulier. Je peux quand même avoir une espèce de journée type : je me réveille entre 7h et 9h mais je prends mon temps pour émerger car je termine tard mes journées. En général le matin, c’est mon moment « à moi ». Je vais ensuite à mon bureau et j'y travaille souvent jusqu’en début de soirée. Je vais en général tous les jours à mon bureau. Je n’ai pas ou peu de jour totalement off du coup, mais plutôt des moments ponctuels en semaine (comme les matinées) rien que pour moi. L’avantage de l'indépendance est de pouvoir organiser mon temps à mon rythme, même si je me sens souvent en décalage avec celui « des autres ». Je me demande souvent si je travaille trop ou pas assez !
Quelle est ta définition du mot artiste ?
Pour moi un artiste, c'est quelqu'un qui est inspiré et qui a besoin de l'exprimer. Cela peut être par l'écriture, par la manipulation plastique : dessiner, peindre, coller, faire du moulage, sculpter, photographier. Cela peut être une émotion, une idée, une réflexion ou une question.
Et après, il y a une étape : le passage de l'artiste « intérieur » à l'artiste « extérieur ». L’artiste intérieur crée pour lui-même, il a besoin d'exprimer ce qu'il ressent, ses idées, les comprendre, trouver les mots à mettre dessus. L’artiste extérieur, c’est celui qui se montre au monde. De nombreuses personnes ne se disent pas artistes alors qu’ils le sont (d’après moi). Ils sont artistes pour eux-mêmes et éventuellement pour leurs proches. Il y a aussi l’artiste qui a envie ou qui est prêt à se montrer au monde et à partager ce qui se passe dans sa tête, dans son corps, à travers sa création. Là, l’artiste devient artiste aux yeux des autres, professionnellement.
Qu'aimes tu dans ton métier ?
L’art fait du bien à soi et aux autres.
J’aime voir l’évolution de mon travail. Quand je vois mes dessins de 2018, de 2020, 2023 et 2026, je vois que ma technique a beaucoup évolué. Je suis fière de voir qu'elle s'est précisée, que je la maîtrise beaucoup plus. Après, une petite critique que je fais sur mon travail, c'est que plus je progresse, plus c'est construit, précis, raffiné, calculé. Il y a moins de souplesse graphique, le geste est moins libéré que dans mes premiers dessins. Je sais qu'il y a des personnes qui suivent mon travail depuis mes débuts et qui y sont un peu moins sensibles aujourd’hui parce que c'est trop « peaufiné » ou trop « propre ». Je ne peux cependant pas revenir en arrière, ça ne serait pas naturel pour moi. Mais je peux réfléchir au sens de ce besoin de perfection technique et à ce qu’il véhicule comme message.
Ce qui me fait du bien aussi, c'est le nombre infini de sujets sur le corps. Il y a tellement de types de corps ! Je peux aussi choisir de le dessiner en entier ou de me concentrer uniquement sur les jambes par exemple avec plusieurs variantes possibles : tatouées ou non, puis avec des grains de beauté, puis une jambe avec une prothèse, puis avec des poils etc.
Les missions pour des clients privés ou entreprises, tournent souvent autour de la femme et généralement, elle présentée de la même manière. Cela peut m'ennuyer si c’est trop fréquent. Dans ce cas, j’ai hâte de pouvoir me lancer dans un projet perso et dessiner un corps que je n'ai pas fait depuis longtemps ou que je n'ai encore jamais représenté. Cette liberté de pouvoir aussi souvent que possible, faire ce qui me plait, c’est un vrai privilège mais ce n’est pas toujours vendeur malheureusement.
Ensuite j'aime les rencontres : celles avec le public, avec d'autres artistes, avec les modèles, les médias ou les personnes qui découvrent mon travail. Je rencontre moins souvent de nouvelles personnes aujourd'hui car je fais moins d’évènements. Je fais aussi beaucoup moins de dessins par an, car ils sont plus grands et/ou plus travaillés (dans les deux cas cela me demande plus de temps de réalisation). Mais je préfère créer des œuvres plus impressionnantes que de passer des week-ends en évènement. C’est un choix qui a ses avantages (je crée "plus" et "mieux") et inconvénients (je prends moins de temps pour vendre et me faire connaître).
Qu'est-ce qui est le plus difficile ?
Je rencontre pas mal de difficultés avec l’algorithme d’Instagram alors que mon activité s’est, jusqu’à maintenant, surtout développée grâce à cette plateforme. Ceci est dû au fait que mes dessins représentent des corps nus et/ou de la sexualité. Mes publications sont souvent supprimées par l’application et parfois c’est à cause de signalements d’utilisateurs... Il y a aussi beaucoup d'hypocrisie et de doubles standards. Pourquoi les tétons des hommes sont autorisés et pas ceux des femmes ? Pourquoi la poitrine d'une femme est-elle forcément érotique ? À l’opposé, certains dessins avec un sexe d’homme ne sont pas censurés. L’algorithme n’a-t-il pas l’habitude des sexes masculins ? Il faut également faire attention aux mots utilisés : ne pas écrire en légende « sexe », « fesses », « poitrine », « lesbienne », « gay », « homosexuel »,… Ou alors il faut changer certaines lettres par exemple pour éviter la censure. Je n’aime pas non plus ce que les réseaux sociaux nous imposent pour la visibilité. il faudrait plus montrer sa vie perso, faire des vidéos de soi en train de manger de son bol de céréales, en train de chanter sur du Snoop Dogg... Des choses qui de base ne m’intéressent absolument pas de regarder, alors j’ai encore moins envie de le faire. De plus, faire des reels, des vidéos, c’est du travail en plus pour des retombées qui ne sont pas si importantes (voire pas du tout).
Je m'interroge également beaucoup sur le milieu de l'art, ses codes, ses attentes et certaines formes d'entre-soi. Le milieu du marché de l'art n'est pas accessible. L’objectif des galeries et des commissaires d’exposition est de vendre. Que ton art soit honorable, « beau », important, ce n’est pas la priorité. On peut comprendre, c’est un métier comme un autre, mais parfois c’est vraiment frustrant et dommage de supprimer toute humanité dans un domaine où c’est pourtant la base de la création.
Aussi, je viens du milieu des arts appliqués, pas des Beaux-Arts, ce qui me fait énormément défaut pour ce milieu aux multiples étiquettes (en France tout du moins). Je n’ai plus 20 ans mais pas encore 40, donc je suis encore dans une tranche d'âge « intéressante ». Mais certaines fondations par exemple, proposent des prix auxquels il n’est possible de postuler que jusqu'à 35 ans, être diplômé aux beaux-arts etc. Il y a beaucoup d'artistes femmes oppressées et pénalisées par cet âgisme. Elles ont peur de ne pas pouvoir avoir de vie de famille ou que leur vie de famille actuelle freine leur carrière, contrairement à celle d’un homme.
Je suis aussi entre le milieu de l’illustration et le milieu de l’art. Dans l’illustration, il faut faire des prints, c'est une communauté plus ouverte, plus large avec des budgets variés mais souvent petits. Dans le milieu de l'art, c'est plus sélectif. Pour certaines galeries, en fonction de la clientèle, c'est très mal vu de faire des prints. Il faudrait alors que j'arrête d'en vendre parce que ça veut dire que je suis trop accessible, pas assez « unique » pour leurs collectionneurs. J’aimerais pouvoir continuer de proposer un art à la fois accessible (de manière raisonnable, en gardant des séries limitées par exemple) et vendre des œuvres originales beaucoup plus onéreuses et exceptionnelles. Mais cela me semble un peu incompatible pour le moment.
Aussi, depuis quelques années, le dessin est de plus en plus valorisé (ce qui longtemps n’a pas été du tout le cas). Il y a plus de salons et foires d’art autour du dessin contemporain, comme Drawing Now (Paris), Paréidolie (Marseille) ou encore Art On Paper (Bruxelles) par exemple, qui travaille énormément sur cette revalorisation du dessin. Cette évolution des mentalités me donne de l'espoir.
Mon défi est de trouver un équilibre entre visibilité, indépendance, cohérence personnelle et viabilité économique.
Pourquoi partager ta pratique dans des cours en ligne et dans des ateliers ?
J’aime beaucoup parler de mon travail et du dessin. J’aime aussi écouter ce qu’il produit à mon public (professionnel ou non). Cela me fait du bien de me dire que j'aide d'une manière ou d'une autre, un artiste à se développer là où il a envie d'aller. J'ai l'impression d'être utile et autrement que par mes propres dessins. Ça me fait du bien parce que j'aime transmettre. J’aime aider à dépasser certaines complications techniques ou certaines restrictions psychologiques ; je suis passée par là aussi ! Il y a un partage. Ces ateliers nécessitent de la préparation. Quand on anime un atelier, on a une responsabilité et on a envie que les personnes passent un bon moment.
Dans ces ateliers, le but n’est pas de dévoiler tous les secrets de ma technique. C'est plutôt aider les participant.e.s à développer leur propre technique et style personnel de dessin.
Quelles sont tes sources de revenus ?
Je vends dans un premier temps mes dessins. Des reproductions comme des dessins originaux, à des particuliers, par le biais de mon site, dans des boutiques (librairies, boutiques, galeries…) et des évènements (marchés, salons d'arts…) Il m’arrive aussi de créer des dessins personnalisés pour certains clients.
Ensuite, des médias (journaux, magazines, émissions, podcasts, radio...) me démarchent pour illustrer des articles, une couverture de roman, un épisode d’un podcast… Je suis soit payée en droits d’auteur, soit je crée une nouvelle œuvre. Les tarifs sont très variables !
Je fais aussi des ateliers, environ une à trois fois par an, en groupe ou individuel. Ils sont considérés par l'URSSAF comme une activité secondaire.
Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ?
Techniquement oui mais j’ai énormément de frais (loyer du bureau, assurances, frais d’imprimeur, matériel, évènements chers pour y participer)… De plus, je me concentre sur la production d'œuvres grand format, je prends donc moins de temps pour vendre mes œuvres existantes, pour passer du temps à en créer de nouvelles. C’est indispensable de continuer de créer, pour sa visibilité et productivité, mais les ventes sont alors moins performantes et ça devient dangereux niveau rentabilité. Il faut trouver un équilibre… Mais disons que dernièrement je mise surtout sur la production (et si possible la vente) d’œuvres originales que la vente de reproductions.
Parfois je pense que mon art vit mieux que moi haha. Il vit dans les boutiques, les salons, les expositions, les livres, les journaux, les médias, chez des particuliers… C’est une très belle base, surtout si on pense au fait que mon art survivra après ma mort ! Mais j’aimerais pouvoir en profiter un peu plus de mon vivant grâce à lui ! On va continuer de travailler pour ça !
Quels sont tes doutes et/ou tes peurs ?
Comme beaucoup d'artistes, j'ai parfois peur de ne plus être visible, de ne plus vivre de mon art et de ne pas trouver ma place dans le milieu de l’art. Je suis connue (et reconnue) dans le monde de l’illustration mais très peu dans le milieu de l’art. C'est étrange comme sensation. D’un côté je me sens confiante, affirmée et désirée ; de l’autre je me sens (majoritairement) rejetée et sous-estimée.
J’essaye de persévérer et de me convaincre que ce n'est pas parce que je n’ai pas de succès tout de suite, que je n’y arriverai pas (de mon vivant ?). Je n’ai d’ailleurs pas eu de succès tout de suite dans l’illustration. C’est très souvent beaucoup de travail, de patience et encore du travail, continuellement, et cela même après avoir eu quelques succès. Le travail, la notoriété, c’est comme une relation, ça s’entretient !
Je fais actuellement des choix risqués en me concentrant sur la production de nouvelles œuvres, notamment plus grandes. Et au lieu de chercher à vendre mes œuvres et reproductions existantes, j'investis mon temps et parfois mon argent en postulant à des salons, des prix, des résidences, des fondations… Pour me faire connaître et faire connaître mon art.
J’ai parfois peur d’être oubliée, si je ne suis plus visible sur Instagram (censure ou pas assez intéressante) ni dans des magazines, médias et évènements. J’ai peur de devoir un jour me résigner, abandonner, car « ça ne marche pas, ça ne marche plus ». J’ai peur de succomber au dégoût et à la fuite face à certains professionnels assez (im)pitoyables avec les artistes. Dans ces cas-là, je mets de oeillères, je continue malgré tout. Je profite des projets qui s’enchaînent, des dessins que j’arrive à produire. Je suis fière et reconnaissante quand mon travail est vu, partagé et encore mieux : apprécié. Cela booste mon égo, ma motivation et grâce au soutien de beaucoup de personnes, clients, proches, professionnels, j’avance, coûte que coûte !
Quels sont tes rêves ? Tes ambitions ?
J'aimerais continuer à vivre de mon travail tout en restant fidèle à mes valeurs.
Je rêve de trouver ma place dans le marché de l’art, vendre plus facilement des originaux, exposer davantage en France et à l’international.
J’aimerais poursuivre les collaborations autour de sujets qui me tiennent à cœur, comme la diversité des corps, ses représentations, le genre, la sexualité, le féminisme…
Je souhaite que mes dessins puissent faire du bien aux gens. Qu'ils puissent les émerveiller, leur donner espoir, leur rappeler des souvenirs ou leur donner envie d'en créer de nouveaux !
Continuer de faire en sorte que chacun puisse apprendre ou découvrir quelque chose grâce à mon travail. Et que pourquoi pas un jour, que chacun puisse se reconnaître ou se projeter dans une de mes œuvres.
J'aimerais que l'on puisse regarder ces images sans jugement, simplement comme une autre manière d'exister au monde.
Si une personne se sent incluse, reconnue, un peu plus fière et épanouie après avoir regardé une de mes œuvres, alors j'ai le sentiment d'avoir réussi quelque chose.
Vous souhaitez découvrir plus d’œuvres de Marie :
son compte Instagram : https://www.instagram.com/mariecasays/
son site internet : https://mariecasays.com/
Pour la soutenir :
Vous pouvez suivre son travail (https://www.instagram.com/mariecasays/ ou https://mariecasays.com/projets), vous rendre à ses expositions (https://mariecasays.com/evenements), acheter ses œuvres (https://mariecasays.com/categories) et participer à ses ateliers du Paon : https://le-paon.com/prof/marie-casa%C3%BFs-professeure-de-dessin.
Si vous pensez que l’univers de Marie et cette interview peuvent plaire à quelqu’un de votre entourage, n’hésitez pas à la diffuser.
A bientôt pour la prochaine rencontre.
Aurélie
