Comment ai-je rencontré Mélanie ?
J’ai rencontré Mélanie l’an dernier pendant les expositions de l’art month. Elle exposait avec Agnès Decourchelle, Marie Berthouloux, Céline Lareine et Tiphaine Deschamps. J’ai beaucoup aimé ses photos qui respirent la douceur et la sensibilité. Il s’agissait principalement de photos de la mer. Cette année, Mélanie exposait avec Sophie Simonet (rencontre #4). Elle exposait photos et peintures. Je suis tombée sous le charme de sa photo de Gingkos. Douceur, poésie, temps long, sérénité, sont les mots qui me viennent lorsque je regarde les œuvres de Mélanie. J’ai eu envie d’en savoir plus sur son travail et je suis ravie qu’elle ait accepté de répondre à mes questions. Merci Mélanie !
Pourquoi crées tu ?
Créer est mon langage, au-delà des mots. C’est un temps où je me livre, exprime mes ressentis et émotions. C’est un besoin, cela m’apaise et me nourrit. Créer fait partie de mon équilibre, pour me connecter à mon intériorité.
Est-ce qu’être artiste a toujours été une évidence ?
Non, pas du tout. J’ai eu toute une réflexion sur le fait d’être artiste. Par contre, j’ai très tôt eu une pratique artistique, j’ai fait beaucoup de danse. Enfant, j’ai dansé dans un cirque, je faisais du théâtre et bien sûr beaucoup de photographie. J’ai ensuite fait des études qui n’étaient pas en lien avec la photographie, car c’était impensable comme choix pour ma famille. Je suis alors partie en Australie pour suivre ma voie.
Quelle est ta définition du mot artiste ?
Pour moi, être artiste, c’est très large et ce n’est pas lié au fait d’être professionnelle. Il y a de nombreux métiers qui ont une dimension artistique, où on met de soi. Il y a tant de manières de créer et de médiums. Etre artiste, c’est écouter une part de soi, intime, sensible. Enfants, nous y avons presque tous accès, puis cela s’atténue.
Je pense qu’il y a des gens qui sont artistes sans s’en rendre compte. Malheureusement, le mot artiste à une connotation forte et n’est pas évident à employer. Il y a cette légitimité derrière ce mot qui n’est pas nécessaire et je pense qu’il y a bien plus de personnes artistes que de personnes qui se disent artiste. Enfant nous créons tous, puis adulte on pense que c'est réservé à certaines personnes.
Où vis tu ?
Je vis à Montpellier même si une grosse partie de mon réseau et de mon travail est à Paris. La France est un pays assez centralisé.
Ou crées tu ?
Je crée à Montpellier, je suis en train d'aménager mon espace de travail, je savoure ma chance d’avoir ce lieu. Après des années de travaux, cela va faciliter ma création. Pour mon métier de photographe, je crée avec ce qui m’entoure, j'ai cette recherche du beau autour de moi. Je n’ai jamais pensé à aller loin pour aller chercher l’inspiration.
Avec quels matériaux ?
Principalement avec un appareil photo numérique ou argentique, certains petits, d'autres plus gros, cela dépend du travail que je réalise.
A un moment donné, cet objet a été trop présent. J'ai alors fait des cyanotypes, un procédé ancien qui rend le papier photosensible avec la chimie que l'on applique. Ainsi le geste était très différent, la collecte, déposer, chorégraphier.
J’ai aussi pris des cours pendant 5 ans avec les ateliers Beaux arts de la ville de Paris. J’avais envie de dessiner de manière abstraite, à la recherche d'une écriture. J’ai commencé au départ avec les pastels gras. Ensuite pour avoir plus de mouvement et plus de liberté, j’ai basculé sur un travail à l’encre de chine.
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Ce qui m’entoure m’inspire le plus. J’ai deux sources principales : le corps en mouvement et le vivant. Le mouvement et les cycles de la vie, les saisons et la fragilité de ces deux univers.
La grâce et la lumière sont pour moi très importantes. Mes lieux d’inspiration sont des espaces ressource, de recueillement, de sérénité, que j’essaye de partager dans mes photographies.
Ces dernières années, j’ai beaucoup travaillé sur l’eau et sur les arbres.
Le corps est aussi pour moi un espace infini d’inspiration et de réflexion, qui s'accompagne de ma pratique professionnelle de yoga.
Peux-tu nous parler de ton processus de création ?
Il est propre à chaque projet. Il y a quelque chose de sensoriel, je pars de sensations, de ressentis corporels. Parfois je visualise rapidement la forme que cela va prendre. Parfois, j’expérimente beaucoup avant de trouver le bon support. La prise de vue est une étape, finalement assez rapide. Je retouche très peu mes photos, le choix du support et l’impression sont les moments le plus long.
Partages-tu ta pratique dans des ateliers ?
C’est quelque chose que je faisais à Paris. Je proposais des ateliers dans une école de photographie, principalement sur 3 jours auprès d’adultes. Je proposais également des ateliers pour des enfants, des projets pédagogiques avec un cheminement : on passait du dessin, à l’encre, à la photographie. J’ai aussi un atelier que je continue à mener avec les enfants sur la sensibilisation à l’image et au para-sport car je travaille aussi sur ce sujet. J’en fais beaucoup moins depuis que je suis à Montpellier. Cela me manque car la transmission est quelque chose de très important, qui me nourrit beaucoup.
A quoi ressemblent tes journées ?
Je n’ai pas de journée type, et c’est ce qui me plaît. Tout commence avec mon fils, encore tout petit, et ces premières heures qui donnent le rythme. Une fois qu’il est à la crèche, je souffle : un temps de yoga, pour revenir à moi et poser la journée. Ensuite, tout peut arriver. Parfois je me plonge dans la création, parfois je m’attaque à l’administratif, parfois je file sur un travail de commande.
Un seul rendez-vous fixe : le mardi, où je donne mon cours de yoga. Être à son compte, c’est porter plusieurs casquettes et jongler de l’une à l’autre. J’essaie d’accueillir entre les impératifs et les états du moment.
Ce que tu aimes dans le métier d’artiste ? Ce que tu trouves difficile ?
Ce que je préfère, c’est créer. Plonger dans des sujets qui me tiennent à cœur, puis les partager, aller à la rencontre des gens et échanger sur ce que chacun perçoit et ressent. Ces moments sont rares sur une année, ce qui les rend d’autant plus précieux.
Le plus difficile pour moi, c’est le doute, qui n’est jamais très confortable à vivre. Et puis il y a la communication virtuelle : j’ai besoin de la présence, du regard, de la conversation en vrai. Un écran ne remplace pas la rencontre.
Quelles sont tes sources de revenus ?
J’ai mon travail de commande et mon travail artistique. Aujourd’hui ce sont les sources principales car je propose moins d’ateliers.
Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ?
Non, il y a mon travail de commande à côté en tant que photographe pour des portraits ou des projets différents, parfois liés au corps autour de la danse, autour d’artisans et parfois sur des choses un peu différentes. C’est quelque chose que j’aime faire aussi.
Ma participation au cercle de l’art m'a permis de donner une plus grande part à mon travail artistique. Cela a été une grande chance pour moi de rejoindre ce collectif. Cela m'a beaucoup appris, m'a fait faire de belles rencontres et m'a également permis d’avoir des revenus lissés sur un an.
Quel est l’impact de la maternité sur la création ?
J’ai un petit garçon qui a 2 ans. Le temps est différent mais il me nourrit de joie. Peut-être qu’il y a encore plus de lumière dans mon travail. La maternité nous apprend à jongler, à être plus efficace. Pour la création, parfois je manque de disponibilité d’esprit, j’attends le bon moment. Ces premières années sont précieuses. Il faut arriver à dédier son temps de manière très efficace. Je le vis comme un élan : une telle dose d’amour, cela nourrit et porte la création.
Tes doutes, tes peurs ?
L’accueil de mon travail, les appels à candidatures, l’équilibre financier… Le secret, c’est de rester connectée à moi : quand j’y parviens, je sais les chasser. Les doutes surgissent surtout quand j’envoie beaucoup de candidatures et que le silence répond. Quand je manque d’échanges, ils sont plus présents car le contact humain m’est essentiel. J’essaye de revenir à mes rêves et avancer, pas à pas, pour les réaliser.
Mes rêves, mes ambitions ?
Continuer à créer et partager mon travail de plus en plus largement. Trouver les espaces pour le montrer et le public pour le recevoir. Des rêves, j’en ai beaucoup, et depuis quelque temps je m’y reconnecte. Je crois qu’il faut rester en lien avec ses rêves et avec l’énergie qui porte nos ambitions.
Vous souhaitez découvrir plus d’œuvres de Mélanie :
son compte Instagram : @melaniechalle
son site internet : https://www.artiste.melaniechalle.com/
Pour la soutenir :
Lien vers les ateliers pour les enfants : Atelier parasport photo
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Vous pouvez visiter sa prochaine exposition qui aura lieu du 4 novembre au 30 janvier dans le cadre du bicentenaire de la photographie. L’exposition est à Maisons-Alfort, ville où Mélanie a grandi.
Le vernissage est prévu le mardi 3 novembre. Inscrivez-vous à sa newsletter et suivez son Instagram pour avoir toutes les infos !
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A bientôt pour la prochaine rencontre.
Aurélie
