#9 - Rencontre avec Juliette Filippi

Artiste, co-fondatrice du Paon et croqueuse du quotidien

Femme artiste aujourd'hui
4 min ⋅ 28/08/2026

Temps de lecture : 5 minutes.

Comment j’ai rencontré Juliette ?

J’ai rencontré Juliette d’abord virtuellement lorsque je me suis abonnée au Paon dont Juliette est co-fondatrice avec Margaux Cleach. Juliette introduit les sessions des ateliers en ligne et anime des drink and draw. Je l’ai donc vue régulièrement pendant cet abonnement. Je l’ai ensuite rencontrée en vrai lors de sa première exposition puis à la création du local du Paon dans le 10ème arrondissement.

J’ai eu envie d’en savoir plus et je suis ravie qu’elle ait accepté de répondre à mes questions !


Pourquoi crées tu ?

Je crée avant tout parce que ça me fait du bien et que ça m'anime. J'adore la sensation d'excitation quand j'ai une idée et qu'il me tarde de la mettre en œuvre. Il y a aussi un côté très sensoriel du dessin et de la peinture, faire glisser un stylo sur du papier, mélanger des couleurs, les diluer. Je ressens un plaisir très direct. Je pense que c'est ma manière à moi de dédier du temps à ma vie intérieure, à me reconnecter à l'instant présent ou à me questionner.

Quels types d'œuvres crées tu ?

Ma pratique se situe à la croisée du dessin et de la peinture. J’utilise des médiums variés — encre de Chine, huile, aquarelle, pastel — que j’aborde comme autant de manières d’entrer en relation avec un sujet. Dans mon travail, je cherche moins à représenter le monde qu’à en éprouver la présence.
Je m’intéresse à ce qui ne s’impose pas immédiatement au regard : une courbe de corps, un reflet instable, une ombre, un fragment de paysage ou une scène domestique. Mes cadrages sont souvent resserrés, laissant une place importante au hors-champ. Ce qui est montré suggère autant qu’il révèle. L’image n’est jamais totalement donnée ; elle invite à une attention lente.

Parmi mes dernières séries il y a :

  • les polas : des souvenirs chéris travaillés à l'aquarelle et pastel à la cire au format pola, qui prennent le contre-pied de toutes les photos qui s'accumulent sur nos portables mais qu'on ne regarde jamais

  • les doodles : j’ai développé une technique qui m’est propre, le doodle, consistant en la répétition d’un mouvement circulaire à la pointe fine, formant une trame plus ou moins dense. L’accumulation de ces micro-gestes crée profondeur et vibration, révélant progressivement le sujet. Ce processus, à la fois méditatif et instinctif, produit des images vivantes, presque bourdonnantes, où la figure émerge d’un réseau de signes. J’ai exploré cette écriture dans plusieurs séries, notamment “Fenêtre sur corps”, qui rend hommage à la pluralité des corps, “Des-seins”, portraits réalistes de poitrines féminines pensés comme contrepoint aux représentations normées, ou encore une série consacrée aux éléments naturels (reflets, nuages) à la frontière de l’abstraction.

  • les ombres travaillées à la peinture à l'huile sur toile

  • les carnets : parallèlement à ce travail en atelier — souvent réalisé à partir de photographies sur des temps longs — je maintiens une pratique quotidienne du dessin d’observation sur le vif. Mes carnets, réalisés principalement à l’encre de Chine, m’accompagnent partout. Ils constituent un espace d’attention et d’expérimentation essentiel, nourrissant l’ensemble de ma production. Ils peuvent réunir ce que je croise au quotidien ou se concentrer sur un seul sujet que je travaille tous les jours sur une période donnée.

Avec quels matériaux ?

C'est variable et je m'autorise à explorer plein de médiums mais pour citer les principaux : le papier, le stylo plume, l'encre de Chine, la peinture à l'huile, l'aquarelle, le pastel à la cire. 

Quelles sont tes sources d'inspiration ?

Les expos, les podcasts, les livres, la nature, les gens, les artistes, l'inspiration est partout.

Peux-tu nous parler de ton processus de création ?

Dessiner partout pour cultiver une vie intérieure, faire surgir des questionnements. Laisser émerger les idées et les noter pour ne pas les perdre quitte à les travailler plus tard. J'ai plein de post-its à l'intérieur de mon placard de fringues pour être exposée à ces idées tous les jours et pouvoir en prendre une au vol quand le moment vient. Je fais aussi beaucoup d'écriture automatique.

Pourquoi partager ta pratique dans des ateliers ?

Pour ma part c'est plus l'idée de mettre entre les mains des gens, un moyen de ressentir toutes ces choses, de déconnecter de son téléphone, de cultiver sa vie intérieure qui m'anime ; que l'idée de partager ma pratique personnelle. Rendre accessible, rendre possible, permettre aux gens de prendre conscience de ça et d'outrepasser leurs pensées limitantes. Leur permettre d'avoir un meilleur équilibre de vie grâce à la pratique artistique.

Où vis tu ? Où crées tu ?

Je vis à Paris. J'ai une pratique très nomade de carnet de croquis. J'en ai toujours un avec moi que je sors très souvent. J'ai aussi une pratique d'atelier pour certaines créations qui me demande une installation plus confortable que je fais depuis chez moi ou au PAON.

A quoi ressemblent tes journées ?

Mes journées commencent et finissent en famille avec mon fils et mon compagnon. Entre les deux j'aime bien me mettre dans ma journée de travail en commençant par quelques minutes d'écriture automatique. Quand je travaille au PAON il se passe plein de choses qui nourrissent ma pratique artistique - échange avec les artistes du PAON, tournage d'ateliers de pratique artistique - et d'autres moins. Quand je m'accorde une journée dédiée à ma pratique j'essaye de prévoir en amont ce que je vais faire pour ne pas la perdre : souvent une longue plage pour avancer sur un projet mais aussi souvent pas mal de tâches un peu à côté (regarder les appels à projet, publier sur Instagram, mettre à jour mon site, préparer des prints, etc.). Parfois je m'accorde une petite expo solo. Je fais aussi régulièrement du sport (souvent du yoga) à la pause dej ou le soir. 

Artiste et maternité : la maternité a-t-elle eu un impact sur ta pratique ?

Moins de temps et d'espace (physique, mental) à dédier à ma pratique c'est sûr mais avec le recul je vois aussi des impacts positifs auxquels je ne m'attendais pas. J'ai l'impression d'avoir lancé beaucoup de pistes créatives pendant ma grossesse que je poursuis aujourd'hui. Par exemple, les polas sont aussi nés de l'idée que je n'avais plus des plages de créations infinies et que c'était donc bien de travailler sur des petits formats que je peux terminer en une séance de travail. Enfin je dirais que le manque de temps m'oblige à davantage prioriser ce que je fais. Je m'égare moins.

Est-ce qu'être artiste a toujours été une évidence ?

Oui et non. L'envie est venue très tôt mais la prise de conscience que c'était possible et qu'il ne tenait qu'à moi de développer cet aspect là, la légitimité, ça a été très long et ça n'est toujours pas évident pour moi.

Quelle est ta définition d'artiste ?

Un artiste pour moi c'est quelqu'un qui crée en mettant quelque chose de lui dans sa création et qui a la démarche de se demander pourquoi. Pourquoi est-ce que je choisis cet outil plutôt qu'un autre, ce sujet, ce geste. 

Ce que tu aimes dans le métier d'artiste ?

Je ne le considère pas comme mon métier aujourd'hui car j'ai un métier de chef d'entreprise qui pour l'instant, est ce qui m'occupe principalement. Je le considère comme une passion qui nourrit mon équilibre de vie de manière très forte.

Ce que tu trouves difficile ?

Les moments de frustrations quand je n'ai pas le temps de pratiquer.

Quelles sont tes sources de revenu ?

Avant tout une rémunération en tant que gérante d'entreprise et de temps en temps des commandes / des ventes d'œuvres.

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ?

Non mais ce n'est pas ce que je cherche pour l'instant. J'aime bien l'idée de créer sans avoir la contrainte de générer de l'argent grâce à ce que je crée. Ça changera peut-être.

Tes doutes, tes peurs ?

Trouver le bon équilibre entre Le PAON et ma pratique artistique (+ mon nouveau rôle de mère qui change aussi pas mal la donne). Un rééquilibrage constant !

Ton rêve, tes ambitions ?

En ce moment je réalise un rêve d'être exposée à Madrid dans une galerie que j'apprécie vraiment beaucoup. Il faut que je réfléchisse au prochain !


Vous souhaitez découvrir plus d’oeuvres de Juliette :

son compte Instagram : https://www.instagram.com/juliettefili/

son site internet : https://juliettefilippi.com/

Pour la soutenir :

Si l’univers de Juliette vous touche, le meilleur soutien reste de suivre son travail (sur Instagram notamment), de partager ses créations autour de vous et d’aller découvrir ses expositions.

Vous pouvez aussi acquérir une de ses oeuvres : https://juliettefilippi.com/#works


J’espère que vous avez apprécié cette rencontre avec Juliette. En cette période de pré-rentrée, je profite de cette interview pour vous inciter à aller voir le site internet du Paon, leur page Instagram et de vous rendre aux portes ouvertes prévues le samedi 5 septembre de 10h à 18h au 19 rue d’Hauteville dans le 10ème.

L’école du Paon propose de nombreuses possibilités : vous inscrire à des cours hebdomadaires dans leur local rue d’Hauteville, vous abonner aux ateliers en ligne avec de nouveaux cours et l’accès à plus de 100 ateliers en replay, participer à des stages ou à des ateliers ponctuels sur des thèmes divers et variés avec des artistes. En septembre sont prévus : Paris à l’aquarelle, créer sa propre carte postale à l’aquarelle, un drink and draw modèle vivant, un stage carnet de voyage, un stage d’exploration de la peinture à l’huile, un stage sur les bases du dessin,…

N’hésitez pas à faire suivre cette lettre si vous pensez qu’elle pourrait plaire à quelqu’un.

Si vous souhaitez y réagir ou m’encourager, n’hésitez pas à m’écrire.

A bientôt pour la prochaine rencontre et d’ici là, prenez soin de vous et de votre créativité !

Aurélie

Femme artiste aujourd'hui

Par Aurélie Bravin

Autodidacte, créer me sert à la fois d'échappatoire et de catharsis. Je créé en fonction des mes envies du moment avec un ou plusieurs médiums (broderie, dessin, écriture, collage, peinture,...). Je suis aussi régulièrement des ateliers en ligne et en présentiel donnés par des artistes. J’adore découvrir les processus de création, les techniques et les personnalités qui créent des oeuvres. Suivre ces ateliers aide beaucoup à oser se lancer. Créer nous fait du bien, aide à mettre en pause notre cerveau sans cesse sollicité. Voir du beau nous donne le sourire. Je pense qu’il est primordial pour notre société de démocratiser la pratique artistique.

Les artistes étaient pour moi comme le dessin, des personnes à part. Des Artistes. En suivant le travail des artistes avec lesquelles j’avais suivi un cours ou un atelier, j’en ai rencontré un certain nombre. En continuant à m’intéresser à leur travail, en allant voir leurs expositions, leurs portes ouvertes d’ateliers, à suivre leurs stages et leurs cours en ligne, j’ai appris à les connaitre. Et finalement, je me suis aperçue que nous avions des points communs, des liens entre nous. Ces liens nous renforcent mutuellement.

Les artistes travaillent seules et sont souvent isolées. Or elles ont besoin de liens sociaux et de soutien pour continuer à créer. C’est pour cela qu’au delà de démocratiser, l’art, je pense qu’il est également primordial de démystifier la figure de l’artiste.