Comment ai-je rencontré Nadja ?
J’ai d’abord connu le travail de Nadja en suivant son cycle de 4 ateliers en ligne avec Le Paon. Avec sa démarche, elle nous pousse à bousculer les canons esthétiques d’aujourd’hui et à réveiller notre créativité grâce au collage.
Je l’ai ensuite rencontrée lors d’un marché de Noël du Paon. Elle proposait la découverte de son coffret jeu L’art de soi, pour lequel j’avais eu un énorme coup de coeur.
Avec ce jeu, Nadja nous invite à prendre soin de nous en nous reconnectant à notre âme d’enfant tout en nous inspirant de l’univers de femmes artistes. Ce jeu est à la croisée du féminisme, de la santé mentale, de la créativité et de l’écologie. Il fait beaucoup de bien !
J’avais très envie de lui poser mes questions pour en apprendre davantage sur elle et je suis ravie qu’elle ait accepté !
Pourquoi crées tu ?
Je crée pour explorer ce qui nous constitue. Depuis mes premières créations en mixed media il y a 10 ans déjà, jusqu'à mon projet le plus récent autour des archives familiales, je m'intéresse à la façon dont nous construisons notre identité et à nos masques sociaux. Mes œuvres sont souvent composées de fragments de matériaux récupérés ou d'images anciennes. J'aime l'idée que l'on puisse muer et se réinventer à partir de ce qui existe déjà.
Est-ce qu'être artiste a toujours été une évidence ?
Pas du tout. J'ai longtemps travaillé dans la production audiovisuelle avant d'oser prendre ma place d'artiste. Et quand j’ai choisi ce métier, j’ai ressenti au début un besoin d’étudier l’art dans les règles de l’art justement (peinture à l'huile et dessin morpho aux beaux arts de la ville de Paris), sans doute pour me sentir légitime. Mais très vite, le "monstre créatif" qui sommeillait en moi depuis mon adolescence s’est en quelque sorte rebellé ! D’ailleurs le titre de ma première série était « Beast & Beauty » (la belle et la bête). Cela en disait déjà long sur cette urgence à sortir des conventions : ne plus vouloir rentrer dans les rangs (de la société) et vouloir plaire à tout le monde ! J’avais envie de m’ensauvager ! Il faut ajouter à cela la couche « fille d’immigrée » qui devait en plus s’intégrer et laver plus blanc que blanc ! Evidemment, à l’époque je ne comprenais pas bien ce qui m’arrivait !
Quelle est ta définition d'artiste ?
Une personne qui cultive sa singularité et ose montrer au monde toute l’étendue de son étrangeté.
Où vis tu ?
Dans le Perche depuis 5 ans déjà. Après de nombreuses années à Paris, j'ai ressenti le besoin de ralentir et de retrouver la joie du temps long qui nourrit. Mais, comme je suis une hyper active, parfois je vrille et dans ces moments là, j’aime être dans mon jardin par exemple, ce qui n’était pas vraiment possible en plein coeur du 11ème à Paris. J’ai aussi un besoin vital du calme de la campagne qui me régénère littéralement !
Où crées tu ?
Etonnamment, la plupart du temps dans mon salon ! Et pourtant, j’ai une grande dépendance qui est mon atelier d’artiste mais bon je n’y vais pas beaucoup.
Avec quels matériaux ?
Au début de ma carrière, c’était beaucoup les techniques mixtes : un mélange de terre, de fleurs séchées, de plâtres ou d’ardoises puis avec le covid, dans mon petit appartement parisien le collage s’est imposée à moi… et en ce moment je mélange le collage et la couture. Et je travaille aussi un peu plus de manière conceptuelle. Je prépare d’ailleurs une expo sur ma mère et moi. Son titre « Umiya wa Ana ». Un retour aux origines. Et dans cette expo, il y aura beaucoup d’installations, de textes, de photos et d’archives familiales, visuelles et sonores. Et sans doute aussi de la performance avec de la lecture de textes.
Tes sources d'inspiration ?
Mes expériences de vies mais aussi les autres artistes. Les artistes femmes en particulier. La création de mon coffret jeu de créativité « l’art de soi » en 2025 m’a permis d’en découvrir de nouvelles et je ne me lasse pas de leurs univers riches et puissants qui vont de Nan Goldin en passant par Marina Abramovic, Anna Mendieta, Alina Szapocznikow ou Njideka Akunyili Crosby. Je m’intéresse aussi beaucoup en ce moment au travail d'artistes femmes afro américaines ou originaires du maghreb. Hier encore, pour un projet, j’ai découvert celui de Zineb Sedira. Je vais aussi voir régulièrement des expos à Paris et en région. Et je suis aussi quelques média sur Instagram comme le compte de Margaux Brugvin.
Peux-tu nous parler de ton processus de création ?
Il n’est pas clairement défini. J’aime beaucoup me laisser surprendre, écouter mon intuition et faire des associations d’idées et parfois, c’est en jardinant qu’une idée me vient. J’aime, par dessus tout, le disruptif donc je vais toujours aller chercher ce qui ne va pas ensemble, le dissonant. L’écriture est aussi de plus en plus présente en ce moment dans mon processus de création. Il y a peu, j’ai découvert le livre d’une poétesse afro américaine incroyable. Son nom : Robin Coste Lewis et le titre de son recueil « Odyssée de la Vénus noire ». Ses poèmes sont très puissants et son écriture ne suit aucune règle. Cela m’inspire beaucoup.
À quoi ressemblent tes journées ?
A un joyeux bazar, mélange, fait d’écriture sur mon ordinateur (pour répondre à des appels à projets ou proposer des ateliers de créativité sur mesure) en passant des story sur Instagram, une newsletter, de la prospection, la rédaction de devis, mais aussi de la tondeuse ou du désherbage, mais je trouve toujours un moment pour créer, chaque jour, au moins 1h ou 2 si je peux.
Et chaque matin, je suis un rituel très précis où je prends 1h pour moi pour écrire mes 3 pages du matin. Ce rituel est tiré du livre de Julia Caméron « Libérez votre créativité » que j’ai découvert il ya 10 ans (en 2016) et qui m’a aidée à sauter le pas et à quitter mon métier de productrice de films publicitaires pour être artiste !
Ce que tu aimes dans le métier d'artiste ?
Découvrir et tester de nouvelles idées, créer et écrire des ateliers sur mesure.
Ce que tu trouves difficile ?
Le plus difficile pour moi est la partie prospection et la communication (instagram).
Quelles sont tes sources de revenus ?
Mes revenus proviennent principalement de l'animation d'ateliers de créativité et de médiation artistique, de la vente de mes coffrets de créativité L'Art de soi et L'Art de soi spécial Kids, ainsi que plus ponctuellement de projets artistiques, d'expositions et de ventes d'œuvres.
Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ?
Je dirais que je construis progressivement les conditions pour m’épanouir dans mon métier, y compris financièrement. Mais comme beaucoup d'artistes, l'équilibre reste fragile.
Pourquoi partager ta pratique dans des ateliers ?
J’ai commencé à donner des ateliers dès 2016 avec les enfants à Paris, puis les adultes et dernièrement j’ai pu proposer un cycle d’ateliers en milieu carcéral, à la maison d’arrêt des femmes de Versailles. Une expérience très forte.
J’aime transmettre car je crois vraiment que l’art est à la portée de tous (si la pédagogie est au rdv bien sûr). Je suis aussi convaincue que la créativité n'est pas réservée aux artistes. Avec mes coffrets et mes ateliers, j'aime voir des personnes qui pensaient ne pas être créatives découvrir qu'elles le sont. J’aime aussi les voir se reconnecter à leurs intuitions. Car pour moi la créativité et l’intuition sont très reliées !
Tes doutes, tes peurs ?
Parfois j’ai peur de ne pas réussir à durer sur le long terme au niveau de mes ressources financières mais je ne me vois pas faire autre chose donc c’est très bien ainsi. Je note aussi que je dois beaucoup militer pour faire comprendre à pas mal de personnes qu’artiste est un métier et que c’est normal d’être rémunéré pour l’exercer. Je dis souvent que je ne me nourris pas de fleurs et que je ne bois pas l’eau de la pluie ;-)
Ton rêve, tes ambitions ?
Continuer à créer librement, sans avoir à choisir entre l'art, la transmission et l'écriture. Et contribuer, à ma manière, à rendre l'art plus accessible, plus vivant et moins intimidant. J'aimerais aussi que les histoires des personnes invisibilisées — en particulier celles des femmes, toutes cultures confondues— trouvent davantage leur place dans nos récits collectifs.
Vous souhaitez découvrir plus d’œuvres de Nadja :
son site internet : https://nadjam.fr/
ses comptes Instagram : @nadjam_officiel et @latelier_de_nadja
Pour la soutenir :
Vous pouvez vous procurer son jeu L’art de soi que je vous recommande vivement : https://nadjam.fr/coffret-lartdesoi/
Il existe aussi une version pour les enfants : https://nadjam.fr/lart-de-soi-special-kids/
Vous pouvez suivre son cycle d’ateliers de collage du Paon en replay : https://le-paon.com/cycle/portrait-en-collage
Vous pouvez aussi acheter une de ses oeuvre disponibles sur son site : https://nadjam.fr/oeuvres/
J’espère que cette rencontre vous a plu et vous a donné envie d’explorer l’univers de Nadja. N’hésitez pas à la diffuser autour de vous si vous pensez que le travail de Nadja peut parler à des personnes de votre entourage.
N’hésitez pas non plus à m’écrire, ça me fait toujours très plaisir de vous lire.
Prenez soin de votre enfant intérieur.
Aurélie
