Comment j’ai rencontré Zineb ?
J’ai rencontré Zineb lors des portes ouvertes des studios IOTA fin avril. J’avais vu ses deux dernières expositions dans le cadre du cercle de l’art mais c’était la première fois que nous avions l’occasion de discuter. Son atelier est magnifique, on dirait une installation. Les couleurs dominantes sont le bleu, le vert et le marron, les couleurs que l’on trouve dans la nature. On y voit des peintures, des sculptures, des tissus colorés, des pierres qu’elle glane lors de ses balades, des céramiques. J’ai eu envie d’en savoir plus sur elle et sur son travail. Je suis ravie qu’elle ait accepté de répondre à mes questions !
Pourquoi tu crées ?
Je crée parce que c'est la seule activité qui me permet de tenir deux choses ensemble en même temps : la rigueur d'une pensée structurée et l'abandon à ce qu'on ne contrôle pas. Je cherche à rendre visible ce qui échappe à l'œil — les structures fractales qui gouvernent la matière, le vivant, la mémoire. Créer, c'est pour moi une façon d'habiter le monde plus attentivement.
Quels types d'oeuvres crées-tu ?
J’ai développé une pratique pluridisciplinaire englobant céramique, encre sur papier, encre sur textile et photographie. J’explore l'intersection entre les dimensions mathématiques, spirituelles et esthétiques de la nature.
L’encre, le pastel et le fusain sont appliqués sur papier en laissant les pigments migrer et se déposer librement. Mon travail de la céramique prolonge cette approche en donnant une présence physique à ces formes, comme des fragments de paysage extraits de la matière.
Avec quels matériaux ?
Encre et pastel sur papier Arches 640g, céramique — porcelaine et grès — et photographie.
Quelles sont tes sources d'inspiration ?
Les structures fractales dans la nature : les coraux, les racines, les strates géologiques, les constellations. Et les scientifiques qui ont mis des mots dessus : Mandelbrot pour les fractales, Fibonacci, Haeckel, Theodor Schwenk, Fritjof Capra. Ce qui m'intéresse, c'est la répétition de formes à toutes les échelles : du microscopique au cosmique.
Peux-tu nous parler de ton processus de création ?
Je pars de l'observation du monde naturel. Je photographie des formes — une roche érodée, une mousse, une écume. Ces images deviennent une matière première que je confronte à des questionnements plus intimes : sur la mémoire, la transmission, la structure de la matière. C'est un dialogue entre l'extérieur et l'intérieur, entre la forme trouvée et la forme inventée.
Partages-tu ta pratique dans des cours en ligne ou des ateliers ?
Oui. J'ai animé des ateliers de cyanotype dans mon ancien atelier à Marseille, en travaillant directement avec les participants sur des processus liés à la lumière et à la matière. C'est une dimension que je veux développer à Paris, en trouvant le cadre adapté pour accueillir ce type de pratique partagée.
Où vis-tu ? Où crées-tu ?
Je vis à Paris. Je travaille dans mon atelier à Iota Pereire, porte Maillot.
A quoi ressemblent tes journées ?
Je suis artiste et data scientist — deux activités que j'assume pleinement en parallèle. Trois jours par semaine, je travaille pour une startup dans le secteur de la santé. Le reste du temps, je suis à l'atelier . C'est une organisation que j'ai choisie afin de garder une pratique artistique sans compromis.
Est-ce qu'être artiste a toujours été une évidence ?
Non. C'est arrivé par hasard, et c'est peut-être ce qui donne à ma pratique son caractère un peu obsessionnel — je n'avais pas de plan, j'ai suivi quelque chose. Aujourd'hui c'est structurant, mais ça n'a jamais été une vocation annoncée.
Quelle est ta définition d'artiste ?
Un artiste est quelqu'un qui fabrique un langage pour ce qui ne se dit pas autrement. Pas nécessairement quelqu'un qui "fait de l'art" au sens institutionnel — mais quelqu'un dont le travail déplace la perception de qui le reçoit.
Ce que tu aimes dans le métier d'artiste ?
J’aime la liberté d'écrire son propre chemin. La connexion directe avec soi-même que le travail impose. Et la possibilité de penser à des échelles que rien d'autre ne m'autorise.
Ce que tu trouves difficile ?
Ce qui est difficile, est l'absence de visibilité sur l'avenir, la précarité structurelle du métier, et un milieu qui fonctionne beaucoup sur la cooptation et les rapports de force implicites.
Quelles sont tes sources de revenu ?
La data science et la vente d'œuvres. Tout ce que génère l'art est réinvesti dans ma pratique : atelier, matériaux, encadrement.
Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ?
La question dépend de ce qu'on entend par "vivre de son art". J'ai fait le choix de réinvestir l'intégralité de mes revenus artistiques dans ma pratique plutôt que dans mon niveau de vie.
Tes doutes, tes peurs ?
La déconnexion avec mon propre travail — ces moments où l'œuvre ne répond plus, où le geste sonne faux. Le processus de création n'est pas linéaire, et accepter ça demande un vrai apprentissage. Les temps de pause sont nécessaires, mais ils peuvent être douloureux quand on ne les reconnaît pas pour ce qu'ils sont : une partie du travail, pas une absence de travail.
Ton rêve, tes ambitions ?
Créer des œuvres à grande échelle où le visiteur n'est plus spectateur mais élément constitutif de la pièce — une partie intégrante de la structure fractale elle-même. Je veux que quelqu'un puisse traverser une œuvre et se demander s'il en fait partie ou s'il l'observe. Cette question, c'est le cœur de mon travail depuis le début.
Vous souhaitez découvrir plus d’oeuvres de Zineb :
son compte Instagram : @zinebmezzour
son site internet : https://www.zinebmezzour.com/
Pour la soutenir :
Suivez son travail sur Instagram, allez aux portes ouvertes de son atelier et allez voir ses expositions.
Vous pouvez aussi télécharger son portfolio disponible sur son site pour acquérir une de ses oeuvres : https://www.zinebmezzour.com/manufacturing
J’espère que vous avez apprécié cette rencontre avec Zineb.
N’hésitez pas pas à faire suivre cette lettre si vous pensez qu’elle pourrait plaire à quelqu’un.
Si vous souhaitez réagir à cette lettre, n’hésitez pas à m’écrire.
A bientôt pour la prochaine rencontre et d’ici là, prenez soin de vous !
Aurélie
