Comment ai-je rencontré Sophie ?
J’ai rencontré Sophie lors d’une exposition collective Appartement 6.3 à laquelle j’avais été invitée par Deborah Calfond. Il s’agissait d’un projet hors du commun, un festival des arts pendant 6 jours qui croisait exposition, danse, concert, lecture de poèmes et performance dans un appartement. Sophie faisait partie des organisatrices. Elle m’a présenté son atelier, ses médiums, son processus artistique avec une grande générosité. Depuis cette expérience merveilleuse, je suis le travail de Sophie et je suis continuellement impressionnée par sa créativité débordante et son ingéniosité.
Pourquoi crées tu ?
Je suis une chercheuse dans l'âme. J'adore découvrir de nouveaux univers, les explorer, tisser des liens entre eux, entre la science, l'histoire de l'art, la poésie, et bien d'autres choses encore. L'art est pour moi la façon de restituer ce que ces univers m'ont transmis. Une manière de rendre visible ce que j'ai traversé intérieurement.
Est-ce qu'être artiste a toujours été une évidence ?
Pas du tout. J'étais entrepreneuse, chef d'entreprise. À cinquante ans, quand j'ai vu qu'il m'était possible de vendre mes sociétés dans de bonnes conditions, de continuer à faire vivre ma famille tout en développant une passion, j'ai sauté le pas. J'ai quitté un travail certes intéressant, mais extrêmement prenant et moins épanouissant que ce que l'art pouvait m'offrir. Cette aventure a été rendue possible par cette vente, c'est une chance.
Quelle est ta définition d'artiste ?
Pour moi, c'est avant tout une liberté, celle d'élargir sa perception du monde en s'ouvrant à tout : la science, la poésie, la contemplation…, tout ce qui nourrit notre connaissance et notre sensibilité. Et ensuite, le plaisir de restituer ce que tout cela nous a transmis, à travers les médiums que l'on choisit. Mais être artiste, c'est aussi témoigner d'une époque, d'une certaine manière la traduire. Liberté et témoignage, c'est ce qui pour moi représente le mieux un artiste.
Où vis tu ? Où crées tu ?
Je vis à Paris. Et dernièrement, j'ai rejoint un atelier collectif chez Iota, ce qui est absolument merveilleux ! J'y ai mon propre espace de travail, avec la richesse des échanges avec les artistes qui m'entourent et la qualité des évènements organisés par Iota (portes ouvertes, information …). C'est une source d'enrichissement essentielle pour moi.
Avec quels matériaux ?
J'ai démarré par la peinture à l'huile, avec une formation très académique, inspirée des peintres de la marine. Au bout de trois ans, j’ai élargi ma pratique pour aller chercher ce qui me ressemblait vraiment. Depuis, j'explore : l'encre, l'aquarelle, le l'acrylique, l’huile, le pastel, la lithographie… Chaque nouveau médium et chaque nouveau support (toile, bois, voile…) m'ouvre un nouvel univers. Je les combine et c'est encore un nouveau chemin. Le hasard est également au centre de ma pratique il m’oblige à m’adapter, il m'emmène plus loin, c'est un voyage et j'aime ça.
Tes sources d'inspiration ?
La danse, la poésie, le paysage, les sciences,... et aussi la croisée des disciplines qui n'ont pas forcément de lien apparent.
Ton processus de création ?
J'ai des carnets — beaucoup de carnets. Ce sont des zones de lâcher-prise où j'écris, je dessine, je reproduis une œuvre vue en exposition, je laisse venir ce qui veut venir. Je travaille en général sur un thème par an, pour l'approfondir vraiment. Ces quatre dernières années, j'ai travaillé chaque année sur un poème de mon fils qui m'a guidé vers des contrées et univers, des sensations très différentes. Une fois que les carnets ont bien mûri, je me lance sur des formats plus grands, imbibés de tout ce que j'ai pu accumuler. C'est un mouvement du dedans vers le dehors.
À quoi ressemblent tes journées ?
Elles sont rythmées par l'atelier, les carnets, les expositions que je vais voir, les lectures. Mais également la transmission : j'anime des ateliers qui font pleinement partie de ma pratique aujourd'hui.
Ce que tu aimes dans le métier d'artiste ?
Cette liberté, justement. Cette absence de contrôle imposé de l'extérieur. Cette capacité à organiser sa vie comme on l'entend, à suivre ses propres élans, à s’enrichir.
Ce que tu trouves difficile ?
Gagner sa vie avec ça — et quand on y arrive, ne pas se compromettre. J'ai eu la chance d'avoir une vie antérieure qui me donne plus de souplesse sur ce plan. Mais je mesure que c'est un luxe et que ce n'est pas la réalité de tous.
Quelles sont tes sources de revenus ? Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ?
Mes revenus viennent à la fois de la vente de mes œuvres et des ressources que m'a apportées mon ancienne vie professionnelle. Pour la vente de mes œuvres, je fais partie du collectif du Cercle de l’art développé par l’artiste Margaux Derhy, qui rassemble plusieurs dizaines d’artistes chaque saison et accompagne chacune d’entre elles dans la constitution d’un revenu mensuel à travers une vente d’œuvres. Ça ne constitue pas la globalité de mon salaire mais ça y participe.
Tes doutes, tes peurs ?
On a toujours cette crainte un peu irrationnelle que l'imagination se tarisse, de ne plus avancer, de ne plus progresser, que notre public se rétracte.
Pourquoi partager ta pratique dans des ateliers ?
Parce que la transmission est une pratique à part entière. Ma série Parle avec lui est née d'un dialogue avec les poèmes de mon fils Tom, disparu. L'art m'a permis de transcender ce deuil, j'ai eu envie de la partager pour aider d'autres personnes à traverser leurs propres épreuves. Ces ateliers ont lieu au Paon. Ils ne sont pas à sens unique : ces ateliers m'enrichissent autant que ceux qui y participent. Les échanges qui naissent sont souvent inattendus, toujours nourrissants.
Ton rêve, tes ambitions ?
Mon ambition, c'est de trouver ma façon d'habiter plusieurs temporalités et plusieurs espaces — le temps court de l'exposition, le temps long du livre, l’engagement très présent des ateliers. C’est ce triptyque que je veux continuer à développer :
Produire, d'abord — continuer à explorer, à m'aventurer dans de nouveaux univers, à progresser. Ne jamais me figer.
Donner à voir et raconter, ensuite. J'aime les expositions, les portes ouvertes d’atelier qui sont l’occasion de rencontres directe avec le public, l'intensité de l'éphémère. Mais j'aime aussi ce qu'un livre permet : déployer toute une démarche, raconter une histoire sur un temps long, laisser une trace. J'ai autoédité Parle avec lui, qui rassemble quatre ans de travaux, et c'est une expérience que j'ai absolument adorée.
Transmettre, enfin — partager ma démarche avec ceux qui traversent leurs propres épreuves de vie, afin de transcender leur épreuve pour en faire une ressource, des racines pour l’avenir
Vous souhaitez découvrir plus d’œuvres de Sophie :
son site internet : https://www.sophiesimonet.fr/
son compte instagram : @sophie_simonet
Pour la soutenir :
Vous pouvez participer à ses ateliers du Paon en présentiel : https://le-paon.com/prof/sophie-simonet-technique-libre
Vous pouvez aussi acheter un de ses cahiers Leporello disponibles sur son site : https://www.sophiesimonet.fr/copie-de-cahiers
Vous pouvez vous procurer son livre d’artiste “Parle avec lui” : https://www.sophiesimonet.fr/livre
J’espère que cette rencontre vous a plu. N’hésitez pas à la diffuser autour de vous.
N’hésitez pas non plus à m’écrire, ça me fait toujours très plaisir de vous lire.
Portez vous bien.
Aurélie
