#1 - Rencontre avec Magalie Pouillard

Une artiste multi-facettes : peintre, illustratrice et céramiste.

Femme artiste aujourd'hui
5 min ⋅ 29/05/2026

Comment ai-je découvert et rencontré Magalie ?

J’ai découvert le travail de Magalie grâce à son cours en ligne « Le croquis de personnage » sur Artesane. Magalie est passionnée par la mode et le vêtement. Elle a d’ailleurs commencé par travailler chez un maroquinier de luxe. Dans son cours sur Artesane, elle nous propose d’essayer différentes techniques de dessin avec plusieurs médiums en suivant son processus de création qui est intuitif et non académique. Son approche consiste à d’abord travailler de la main gauche pour libérer le trait et se libérer de la pression du résultat. Le matériel conseillé est simple et peu onéreux. Elle nous encourage à nous lancer et à expérimenter sans pression. Magalie m’a tout de suite impressionnée. Non seulement, elle a osé changer de parcours mais en plus on sent qu’elle sait où elle va et où elle veut nous emmener avec ce cours tout en laissant transparaitre sa grande sensibilité. Je la trouve d’une élégance folle.

J’ai ensuite commencé à suivre son travail sur Instagram. Magalie puise l’inspiration dans ce qui l’entoure : des personnes croisées dans la rue, assises à la terrasse d’un café, des objets. Elle embellit et poétise le quotidien. J’ai pu la rencontrer lors d’un événement où elle dessinait en public. J’ai ensuite eu la chance qu’elle m’invite chez elle pour me montrer ses œuvres, me parler d’elle et de son travail. Je suis son travail depuis 2021 et nous nous voyons plusieurs fois par an (expositions, portes ouvertes de son atelier, présentation de ses travaux à l’atelier). Pour la petite anecdote, je l’ai vouvoyée pendant des années.

Je vous propose d’aller à sa rencontre pour la découvrir plus en détails et explorer avec elle ma question préférée : c’est quoi être une femme artiste aujourd’hui ?


Bonjour Magalie, merci beaucoup d’avoir accepté de me suivre dans ce projet et pour tes réponses sincères à mes questions.

Pourquoi tu crées ?

C’est une bonne question. Je ne trouve pas d’autre réponse que : parce que j’en ai envie. C’est une motivation assez simple, mais sincère.

J’ai commencé à dessiner petite, puis plus tard, jeune adulte, quand je m’ennuyais à l’école ou au travail. Petit à petit, j’ai compris que je n’avais rien envie de faire d’autre que ça.

Avec le temps, la création s’est imposée comme une évidence, jusqu’à devenir une activité dont je devais faire mon métier.

Pourquoi partager ta pratique dans un cours en ligne et des cours en petit groupe dans ton atelier ?

La première fois que j’ai donné un cours en ligne, c’était pour la plateforme Artesane. Je l’ai fait parce qu’on me l’avait proposé et que j’étais curieuse de me prêter au jeu.

Puis les années ont passé et j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui avaient suivi le cours, ou qui m’écrivaient sur Instagram pour me remercier. Certaines me disaient que cela leur avait permis de s’évader, ou même de commencer un nouveau passe-temps. Cela me touchait beaucoup.

Plus tard, j’ai aussi animé de petits ateliers pour différentes marques. Là, je voyais directement ce que cela apportait aux participants. Beaucoup arrivaient en disant qu’ils ne savaient pas dessiner, que ce n’était “pas pour eux”, puis peu à peu je les voyais se concentrer, entrer dans une forme de bulle très agréable, que je connais bien moi-même.

J’adorais voir ce moment où les gens décrochaient vraiment de leur quotidien, parfois stressant, et repartaient contents et fiers d’eux. C’est aussi pour cela que j’ai eu envie de proposer des cours dans mon atelier. Et aujourd’hui, j’aimerais également développer des ateliers pour les enfants à partir de la rentrée.

Et d'ailleurs c'est quoi ta définition d'artiste ?

Pour moi, un artiste, c’est quelqu’un qui est porté par sa création. Quelqu’un qui se lève avec l’envie de créer.

Après, pouvoir en faire son activité principale et en vivre, c’est encore autre chose. De mon côté, j’ai mis longtemps à faire de la place à mon art, parce que je n’ai pas grandi avec l’idée que devenir artiste était réellement possible. Je me le suis autorisé petit à petit.

Ce n’est que très récemment que j’en ai fait mon activité principale, et je n’en vis pas encore complètement. Je pense qu’il faut être honnête : la vie d’artiste n’est pas un rêve facile à atteindre. Mais malgré cela, je crois que lorsqu’on ressent ce besoin profond de créer, il est difficile de faire totalement autre chose.

Où vis-tu, où crées-tu ?

Je vis à Paris et je crée dans un petit atelier à deux pas de chez moi. J’ai beaucoup de chance : c’est une ancienne loge de concierge qui n’était plus utilisée dans ma rue.

L’espace est petit, et pas toujours très lumineux selon les saisons, mais j’adore avoir cette petite “pièce à moi”. C’est là que je fais mes peintures, mes céramiques et mes illustrations.

C’est aussi un lieu de rencontre : j’y reçois les visites de collectionneurs, et j’y organise mes cours et ateliers en petit groupe.

Avec quels matériaux / médiums ?

Pour l’illustration, je travaille principalement à l’aquarelle et à l’encre, et parfois au pastel. Pour la peinture, je suis plutôt tournée vers l’huile — je ne suis pas une grande fan de l’acrylique.

Depuis deux ans, je pratique aussi la céramique. J’ai ma terre à l’atelier, puis je fais cuire les pièces dans un autre atelier du quartier.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je dirais principalement l’histoire de la mode. Mon expérience dans l’industrie du luxe* a beaucoup formé mon regard et nourri mon intérêt pour le vêtement à travers les époques : l’impact qu’il a sur celui qui le porte, ce qu’il raconte de nous, et la manière dont il peut incarner toute une époque.

Je le dessine et je le peins autant dans mon travail d’illustration qu’en peinture ou céramique, sur des personnages ou comme sujet à part entière, en 2D comme en 3D grâce à la céramique.

C’est un thème que j’explore sous beaucoup de formes, et que l’on retrouve aussi dans les peintres que j’aime, comme Édouard Manet ou Edgar Degas. Ma série Petits Hommages en est un bon exemple.

*Avant d’être artiste, Magalie a travaillé plusieurs années dans l'industrie du luxe dans le domaine du marketing après ses études de commerce.

A quoi ressemblent tes journées ?

J’ai deux enfants en bas âge, donc mes journées commencent tôt - ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose - et sont assez intenses. Le temps de travail est toujours plus court que je ne le voudrais.

Une fois que tout le monde est parti à l’école ou à la crèche vers 8h, je prends quinze minutes pour écrire dans un carnet. C’est une routine inspirée de Julia Cameron et de son livre The Artist's Way. Normalement, cela se fait au réveil, mais avec les enfants ce n’est pas possible. Cet exercice d’écriture automatique me vide l’esprit et m’aide à faire le tri dans ce qui m’occupe mentalement.

Ensuite, je travaille sur les mails, l’administratif ou la communication, puis vers 9h30 je file à l’atelier. Là, je peins, je dessine ou je fais de la céramique jusqu’en début d’après-midi, selon les projets en cours.

À 16h, je vais chercher les enfants. Cela coupe la journée, mais j’aime beaucoup ce moment avec eux avant le tumulte du soir. Puis, une fois tout le monde couché, je retourne souvent travailler entre 20h et 22h, à l’atelier ou sur l’ordinateur.

Et avant de dormir, j’essaie toujours de lire un peu.

Bon, ça, c’est la journée idéale… en dehors de tous les petits aléas du quotidien qui viennent régulièrement tout bousculer !

Ce que tu aimes dans le métier d’artiste ?

Être dans mon atelier et créer, tout simplement. C’est vraiment le moment que je préfère. J’aimerais pouvoir allonger davantage ce temps-là dans mes journées, qui sont souvent très remplies.

Ce que tu trouves difficile ?

En ce moment, c’est surtout de concilier la vie d’artiste et la vie de maman. D’abord pour des raisons économiques : est-ce que c’est raisonnable de choisir un métier passion quand on veut aussi construire une famille ?

Et puis il y a la question du temps. Le temps précieux que je passe avec mes enfants, c’est du temps que je ne passe pas à l’atelier. Je pense que beaucoup de parents, artistes ou non, connaissent ce dilemme entre carrière et famille. Trouver une balance qui nous épanouit vraiment n’est pas toujours simple.

Quelles sont tes sources de revenu ? 

J’ai plusieurs sources de revenu. D’abord l’illustration, pour des marques ou des maisons d’édition. Je fais aussi des événements de live drawing pour des maisons de luxe.

Il y a également la vente de mon travail original, via des expositions, des ventes directes à l’atelier ou des événements annuels comme L’Art Month* du Cercle de l’Art*, auquel je participe chaque année depuis cinq ans. Cela m’a beaucoup aidée à m’entourer d’un cercle de collectionneurs et à générer un petit revenu régulier chaque année. Et puis il y a les cours et ateliers que je donne.

Jusqu’au début de cette année, j’avais aussi gardé un emploi à mi-temps dans le marketing, qui est ma formation d’origine, afin d’avoir un revenu plus stable.

*Le Cercle de l'Art fondé en 2020 par l'artiste Margaux Derhy, a pour vocation de soutenir les artistes plasticiennes émergentes francophones. Chaque année en avril, l'Art Month permet d'acquérir une oeuvre en 12 mensualités sans frais et d'accompagner une artiste dans la durée.

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ?

Je ne vis pas uniquement de la vente de mes œuvres originales, mais de l’ensemble de ces activités. Être artiste aujourd’hui demande souvent de jongler entre plusieurs casquettes, et d’apprendre à bien gérer sa trésorerie.

Qu’est-ce qui te fait tenir ? 

L’envie, tout simplement. J’ai confiance en mon travail, mais le plus difficile, c’est de durer dans le temps. Produire prend du temps, communiquer prend du temps, se faire connaître et pouvoir exposer aussi. Pendant ce temps-là, il faut réussir à subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.

Je sais que c’est un long chemin, donc je m’accroche. Et surtout, je sais que rien d’autre ne m’épanouit autant. J’ai envie d’être une maman épanouie pour mes enfants, et de leur montrer l’exemple : lorsqu’on aime profondément quelque chose, il faut essayer de le faire pleinement. 

Tes doutes et tes peurs ?

Ne pas réussir à vivre un jour pleinement de mon art - mais je m'efforce de ne pas trop y penser !

Ton rêve, tes ambitions ?

Mon grand rêve serait d’être appelée par une maison de luxe pour reproduire en céramique des pièces issues de leurs archives ou de collections passées. J’aimerais que ces pièces soient ensuite exposées dans des vitrines à travers le monde - le rêve !



Vous souhaitez découvrir plus d’oeuvres de Magalie :

Ses comptes Instragram :

  • @magaliepouillard

  • @madamedessine

Ses sites internet :

Pour la soutenir :

Le lien vers son site pour ses cours dans son atelier : https://www.madamedessine.com/studio-classes/p//cours-dessin-paris-montmartre-drink-draw

Le lien vers son cours Artesane : https://www.artesane.com/arts-du-fil/produit/le-croquis-de-personnages

Les liens vers les livres qu’elle a illustrés :

Les liens vers ses oeuvres :


J’espère que vous avez apprécié cette rencontre avec Magalie. Si vous avez envie de tester les croquis de personnage ou le dessin je vous recommande vivement d’essayer un de ses cours !

En ce weekend de fête des mères, cela peut faire une jolie idée de cadeau : un moment suspendu dans un atelier.

N’hésitez pas pas à faire suivre cette lettre si vous pensez qu’elle pourrait plaire à quelqu’un.

Si vous souhaitez réagir à cette lettre, n’hésitez pas à m’écrire je lis tous les messages, j’adore ça !

A bientôt pour la prochaine rencontre et d’ici là, prenez soin de vous !

Aurélie


Femme artiste aujourd'hui

Par Aurélie Bravin

Autodidacte, créer me sert à la fois d'échappatoire et de catharsis. Je créé en fonction des mes envies du moment avec un ou plusieurs médiums (broderie, dessin, écriture, collage, peinture,...). Je suis aussi régulièrement des ateliers en ligne et en présentiel donnés par des artistes. J’adore découvrir les processus de création, les techniques et les personnalités qui créent des oeuvres. Suivre ces ateliers aide beaucoup à oser se lancer. Créer nous fait du bien, aide à mettre en pause notre cerveau sans cesse sollicité. Voir du beau nous donne le sourire. Je pense qu’il est primordial pour notre société de démocratiser la pratique artistique.

Les artistes étaient pour moi comme le dessin, des personnes à part. Des Artistes. En suivant le travail des artistes avec lesquelles j’avais suivi un cours ou un atelier, j’en ai rencontré un certain nombre. En continuant à m’intéresser à leur travail, en allant voir leurs expositions, leurs portes ouvertes d’ateliers, à suivre leurs stages et leurs cours en ligne, j’ai appris à les connaitre. Et finalement, je me suis aperçue que nous avions des points communs, des liens entre nous. Ces liens nous renforcent mutuellement.

Les artistes travaillent seules et sont souvent isolées. Or elles ont besoin de liens sociaux et de soutien pour continuer à créer. C’est pour cela qu’au delà de démocratiser, l’art, je pense qu’il est également primordial de démystifier la figure de l’artiste.